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Riposte à Starlink : l’Europe veut créer son « Airbus des Satellites »

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Avec Starlink, Elon Musk a résolument lancé une nouvelle ère pour l’Internet par satellite. Une véritable révolution qui a fait naître de nouveaux enjeux, aussi bien sur le plan commercial que sur le plan sécuritaire. Face à ces enjeux et à la rapide expansion du service américain, l’Europe prépare une riposte ! Les géants européens Airbus, Thales et Leonardo sont en effet sur le point de s’unir pour créer leur propre « Airbus des satellites ».  Une alliance historique qui pourrait bien changer la donne dans la course mondiale à l’espace.

Pourquoi l’Europe veut-elle créer un « Airbus des satellites » ?

L’Europe se trouve aujourd’hui dans une position délicate face à la domination écrasante de Starlink. Avec plus de 8 300 satellites en orbite et 7 millions d’abonnés à travers le monde, la constellation d’Elon Musk a pris une avance considérable. En comparaison, la constellation européenne Eutelsat OneWeb, qui fournit notamment l’Internet par satellite d’Orange et Neosat, ne compte que 651 engins.

Cette situation soulève des enjeux majeurs de souveraineté numérique. La guerre en Ukraine a servi de révélateur quant à l’importance stratégique des communications par satellite. Lorsque la Russie a mené une cyberattaque contre le satellite KA-SAT dès le début du conflit, paralysant les communications ukrainiennes, l’Europe a pris conscience de sa vulnérabilité.

Michael Schoellhorn, directeur général d’Airbus Defence and Space, l’explique clairement : « Le succès de Starlink et la nature des risques à réduire en Europe ont été en grande partie les facteurs déclencheurs de cette discussion ». L’Europe ne peut plus se permettre de dépendre exclusivement d’infrastructures privées américaines pour ses besoins stratégiques.

alternative à Starlink - Airbus des satellites

Quels sont les acteurs majeurs impliqués et leurs rôles respectifs ?

Cette alliance européenne réunit trois mastodontes de l’aérospatial continental :

  • Airbus, le géant franco-germano-espagnol, apporte son expertise en construction de satellites et sa position de leader européen.
  • Thales, spécialiste français des technologies de défense et de l’espace, met à disposition ses compétences en systèmes sécurisés.
  • Leonardo, l’italien, complète ce trio avec son savoir-faire dans l’aérospatiale et la défense.

Cette coentreprise, surnommée en interne « Projet Bromo » d’après un volcan indonésien, pourrait être valorisée autour de 10 milliards d’euros. Elle génèrerait un chiffre d’affaires combiné de 6 à 6,5 milliards d’euros, créant ainsi un véritable champion européen du secteur spatial.

Les discussions portent encore sur la gouvernance et la répartition des parts entre les trois entreprises.

Calendrier prévu : une signature espérée dès 2025

Les négociations s’accélèrent depuis la mi-2024. Michael Schoellhorn s’est montré optimiste lors d’un entretien au Corriere della Sera : « Je pense que la signature pourrait avoir lieu déjà en 2025 ». Il précise toutefois que plusieurs aspects doivent encore être éclaircis.

Le processus se déroule en deux étapes. D’abord, un accord-cadre doit être signé pour formaliser l’engagement des trois partenaires. Ensuite, une phase de finalisation mènera à la création effective de l’entité commune.

Certaines sources évoquent même la possibilité d’un protocole d’accord d’ici la fin septembre 2025.

Ce timing serré témoigne de l’urgence ressentie par les industriels européens face à l’avance prise par SpaceX et les projets de satellites chinois en cours de développement.

Quels sont les enjeux liés à la création de cette alternative à Starlink ?

La dimension souveraine constitue le cœur de ce projet. Pour l’Europe, il s’agit de garantir son autonomie stratégique dans un domaine devenu critique pour la sécurité nationale. Les satellites de télécommunications ne servent plus seulement aux communications civiles, mais supportent également les opérations militaires, les services gouvernementaux et la gestion de crise.

Le projet IRIS², constellation européenne de 290 satellites prévue pour 2030, illustre cette volonté d’indépendance. Doté d’un budget de 10,6 milliards d’euros, ce programme vise à fournir des communications ultrasécurisées aux États membres de l’UE et à leurs forces armées.

La cybersécurité représente un enjeu particulièrement sensible. L’attaque contre KA-SAT a démontré que les infrastructures spatiales constituent des cibles privilégiées en cas de conflit. L’Europe doit donc développer des solutions robustes et souveraines pour protéger ses communications critiques.

Airbus des satellites-Image illustrative

Quelles sont les différences et similitudes avec Starlink ?

Contrairement à Starlink qui vise une approche commerciale pure avec des milliers de satellites, le projet européen adopte une stratégie différente. IRIS² ne comptera, par exemple, que 290 satellites d’ici 2030 afin de privilégier la qualité et la sécurité au volume.

Là où Starlink mise sur la production de masse et les coûts réduits grâce aux lanceurs réutilisables de SpaceX, l’Europe privilégie les services sécurisés et la souveraineté technologique. La constellation européenne vise donc d’abord les besoins gouvernementaux et militaires avant de proposer des services commerciaux.

L’architecture technique diffère également. Starlink utilise exclusivement des satellites en orbite basse à 550 kilomètres d’altitude, tandis que le nouveau projet combinera satellites en orbite basse (1 200 km) et moyenne (8 000 km), pour offrir une approche multi-orbitale plus complexe, mais potentiellement plus durable.

Les obstacles et défis à surmonter avant la création de l' »Airbus des satellites »

Plusieurs défis majeurs attendent le futur « Airbus des satellites ». La gouvernance constitue le premier obstacle : comment répartir équitablement le pouvoir entre trois entreprises de nationalités différentes ? Les négociations butent encore sur ces questions complexes.

Les aspects réglementaires sont un autre défi de taille. Tout accord impliquant des technologies sensibles et des actifs stratégiques nécessite l’approbation politique des gouvernements concernés. Les trois entreprises comptent des participations publiques minoritaires ; ce qui complique les discussions.

Le financement pose également question. Bien que la coentreprise soit valorisée à 10 milliards d’euros, les investissements nécessaires pour rattraper le retard sur Starlink seront considérables. L’Europe doit-elle privilégier la création de son Airbus des satellites ou renforcer IRIS² ?

Enfin, le timing reste un défi crucial. Avec Starlink qui déploie déjà plus de 7 000 satellites opérationnels et Amazon qui prépare sa constellation Kuiper de 3 200 satellites, l’Europe doit accélérer pour éviter d’être définitivement distancée.

Cette course spatiale européenne s’annonce passionnante. Si les négociations aboutissent, cette alliance pourrait redéfinir l’équilibre géopolitique de l’Internet par satellite et offrir à l’Europe, l’autonomie stratégique qu’elle recherche depuis plusieurs années.

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