Depuis le lancement de ses activités, Starlink a été avant tout un fournisseur d’accès Internet par satellite. Un service de niche, certes révolutionnaire, mais cantonné à desservir les zones rurales et les régions mal couvertes par les réseaux terrestres. Cette époque est révolue !
SpaceX a officiellement engagé la transformation de Starlink en véritable opérateur 5G autonome, capable de rivaliser directement avec des géants comme T-Mobile, Verizon, et pourquoi pas Orange dans un avenir relativement proche… Le début d’une nouvelle ère pour les communications mobiles ?
Un virage stratégique exécuté étape par étape
Pour comprendre l’ampleur de ce changement de cap, il faut garder à l’esprit que Starlink n’a pas été conçu, au départ, pour concurrencer les opérateurs mobiles. La vocation initiale du service d’Elon Musk était de connecter les foyers et les entreprises dans les zones mal, ou pas du tout, desservies par la fibre et les réseaux mobiles. Mais les ambitions du milliardaire américain ont vraisemblablement changé depuis lors.
Premier tournant majeur : l’acquisition du spectre EchoStar par Starlink
En septembre 2025, Elon Musk joue un premier coup de maître : SpaceX conclut un accord pour le rachat du spectre radioélectrique d’Echostar. Montant de l’opération ? 17 milliards de dollars — 8,5 milliards en cash et 8,5 milliards en actions SpaceX.
Pour info, EchoStar est une entreprise américaine spécialisée dans les télécommunications par satellite. Elle détient notamment Dish Network, l’un des principaux fournisseurs de la télé par satellite aux Etats-Unis. Le spectre acquis par SpaceX comprend les licences AWS-4 et H-block (bandes fréquentielles utilisées pour la 4G et la 5G), ainsi que les licences MSS (Mobile Satellite Services) à l’échelle internationale.
En clair, SpaceX dispose désormais de ses propres fréquences radio et peut ainsi s’affranchir des accords de partenariat avec d’autres opérateurs. Jusqu’alors, la connectivité directe entre les satellites Starlink et les téléphones mobiles (Direct To Cell) reposait sur des fréquences louées à T-Mobile ou à d’autres opérateurs mobiles.
Ce rachat marque donc le début d’un changement fondamental dans le positionnement de Starlink.
Le Direct To Cell puissance 20
Quelques semaines après cette transaction, Space X a annoncé le déploiement d’une nouvelle génération de satellites, baptisée V3, qui intégrera une charge utile Direct to Cell optimisée pour ce nouveau spectre.
Résultat : la capacité de connectivité directe entre les satellites et les téléphones au sol sera multipliée par plus de 100 par rapport à la génération actuelle.
Pour replacer cela dans son contexte : en 2025, le service T-Satellite, qui permettait déjà d’envoyer des SMS depuis des zones sans couverture, s’appuyait sur environ 650 satellites équipés de cette technologie. La flotte V3, elle, devrait en compter jusqu’à 15 000.
Nouveaux satellites V3
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- Capacité de débit descendant : plus de 1 Térabit par seconde (1 Tbps) par satellite
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- Débit montant : 160 Gb/s par satellite
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- Capacité Direct to Cell : 20 fois supérieure à la génération V2 actuelle
- Panneaux solaires déployés : envergure équivalente à celle d’un Boeing 737
Ces chiffres permettent de prendre la pleine mesure de l’ambition de SpaceX : avec une telle constellation, Starlink serait techniquement capable de fournir des débits gigabit à des millions d’abonnés simultanément, tout en proposant la 5G directement sur les téléphones.
A quoi ressemblera Starlink Mobile, le service 5G de Space X ?
Au-delà des annonces et des chiffres, une question pratique se pose : que proposera exactement le futur Starlink Mobile ? Comment se différenciera-t-il des offres terrestres et des solutions satellitaires actuelles ?
Des débits 5G jusqu’à 150 Mb/s directement sur votre smartphone
Lors d’une présentation devant un panel de l’UIT (Union Internationale des Télécommunications) en février 2026, Udrivolf Pica, responsable de la politique des satellites chez SpaceX, a détaillé les ambitions de Starlink Mobile.
Le service promet des vitesses de téléchargement allant jusqu’à 150 Mb/s par abonné, directement sur les téléphones compatibles, sans antenne parabolique, sans équipement additionnel. C’est 50 % de plus que ce qu’envisageait SpaceX lors des premières annonces du projet.
Pour les zones les plus reculées, y compris les forêts boréales arctiques et subarctiques qui sont souvent délaissées par les opérateurs classiques, cette connexion représenterait un saut qualitatif inédit.
Un service pensé pour les zones blanches, mais pas seulement
Le positionnement de Starlink Mobile ne vise pas à remplacer les réseaux terrestres dans les grandes agglomérations. L’ambition déclarée de SpaceX est plutôt de « compléter les réseaux 5G terrestres à haute capacité » là où ceux-ci ne peuvent pas aller.
Concrètement, le service ciblerait en priorité :
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- Les zones rurales et montagneuses sans couverture mobile
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- Les régions arctiques et subarctiques
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- Les liaisons maritimes et aéronautiques
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- Les zones sinistrées lors de catastrophes naturelles
Actuellement, SpaceX travaille avec des fabricants de puces comme Qualcomm, MediaTek ou Samsung pour intégrer la compatibilité Starlink Mobile directement dans les modems des futurs smartphones. La bande 3GPP n256, dédiée à ce service, est d’ores et déjà dans les feuilles de route de l’industrie.
Mais tout cela va prendre du temps ! Entre le déploiement intégral de la nouvelle génération de satellites via Starship, la finalisation des démarches réglementaires permettant d’acquérir les licences internationales Starlink et les accords avec les fabricants de puces, Starlink Mobile ne devrait pas être vraiment opérationnel chez nous avant 2027-2028.
En attendant, le géant américain doit faire face à un regain de concurrence sur le marché de l’internet par satellite, mais aussi sur celui des communications mobiles par satellite. Amazon Leo (ex-Kuiper) prépare son propre service à 1 Gb/s, tandis qu’AST SpaceMobile développe une solution Direct-to-Device concurrente.
La bataille pour la domination du marché mondial de la connectivité par satellite ne fait que commencer !


